Tour Blanche, Grédy, Testaud : le triangle ouvrier

Aux origines des noms…  

Les premières traces du nom Tour Blanche remonte à 1366, dont l’acte de reconnaissance attribue la « Thor blancha » au capitaine Jean de Grailly. Au XVIIIe siècle, le domaine devient vignoble La Chabanne. Il recèle le cépage de la Tour Blanche.  

La cité Grédy emprunte son nom à Frédéric Grédy, autre négociant, dont le domaine jouxtait celui de la Tour Blanche. 

Château Tour Blanche avant démolition

Quant à Testaud, il rend hommage à un autre négociant. En outre, directeur du Comptoir agricole des produits chimiques de Gironde, M. Testaud s’est énormément investi dans la gestion du quartier. Les rapports du Conseil Général de la Gironde indiquent en 1880, qu’il a activement participé à la lutte contre le mildiou.  

Des industries accouchent les habitations

Fin XIXe, est créée la voie dite « chemin du Hourquet »  reliant la nationale 10 au « chemin latéral » (futur chemin de Lissandre). Il faut dire qu’avec l’industrialisation naissante, de nombreuses  entreprises s’installent en bordure de fleuve : les Forges et les Chantiers de la Gironde, la Cie de Saint Gobain, plusieurs usines de fabrication d’engrais, des entrepôts de charbonnage...:

L’usine chimique Saint-Gobain de Bordeaux en 1900 -  © DR  Archives de Saint-Gobain

Acquis par la Cie de Saint Gobain et les Chantiers  de la Gironde, le vignoble de la Chabanne laisse place à une cité rudimentaire afin d’y loger les ouvriers des chantiers navals. La cité Testaud se compose alors de baraquements en bois, dépourvus de tout confort

baraquement en bois Testaud

Dans Tempo 43 (mai - juillet 2019), Liliane racontait : « Je suis née cité Testaud en 1931. Ma famille habitait impasse Captaou, près du ruisseau du même nom. Je suis née dans une des baraques en bois. Il y avait quelques maisons en « dur » mais très peu. Il a commencé à y en avoir quand les Arméniens sont arrivés, pendant la deuxième guerre mondiale. Ce sont eux qui les construisaient. Ils étaient commerçants « à la charrette ». Ils vendaient de tout… (…) On n'avait pas l'eau courante, mais la pompe publique était dans la rue devant chez nous. Les voisins venaient s'y servir et faisait même des lessives dans la rue ! »

Amitié et solidarité cimentent le Comité Testaud

Les rudes conditions de vie encouragent l’entraide et l’amitié entre voisins. Cette solidarité se matérialise dans le Comité des fêtes et de bienfaisance de Testaud créé en 1952, par Ms Paul Hugues, Georges Dupeyron, Maurice Fredon, Georges Bleyzat, Pierre Roques, Lazare Djozekian. 

9.01.1977 inauguration rue paul hugues

9 janvier 1977 : inauguration de la rue Paul Hugues, cofondateur du comité des fêtes et de bienfaisance de Testaud

En 2013, lors de la célébration des 60 ans du Comité, les enfants des bâtisseurs racontaient à Sud-Ouest : « Denise Hugues apprenait le théâtre aux jeunes qui donnaient ensuite des spectacles. Lors des fêtes, l'argent récolté servait à acheter du charbon pour les plus démunis. Et il y eut ce jour où après un incendie, les voisins ont reconstruit une maison pour la famille sinistrée.

Toujours en activité, le Comité se réunit au local Captaou et propose ateliers créatifs, lotos, sardinades, fêtes de quartier, etc.  

Dès les années 50, les quartiers gagnent en confort

Au fil des ans, le ruisseau Captaou sur lequel naviguaient autrefois les bateaux de marchandises, est devenu un estey.* Busé et canalisé, son emprise sert à aménager la voie Jules Guesde, reliant Cenon, Lormont et La Bastide. 

comité testaud

Le 25 mai 1954, la Mairie de Cenon donne un avis favorable à la demande de permis de construire de la Société Immobilière de Bordeaux Bastide pour 91 logements. Erigées en 1957, les cités Grédy et Tour Blanche renferment 16 logements de 2 pièces, 36 logements de 3 pièces, 36 logements de 4 pièces et 3 logements de 5 pièces. 

Cité Tour Blanche et place de la Demi-Lune en 1994

Les quartiers gagnent en confort avec le tout-à-l’égout, la réalisation de vrais trottoirs et de chaussées, des plantations, la construction de l’école Jules Guesde (inaugurée le 30 septembre 1961), l’ouverture d’un foyer restaurant le 24 septembre 1981. Le foyer Guesde prendra plus tard le nom de Edmond Lapujade, président du comité Testaud à la suite de Paul Hugues.

Rue Pierre MasfrandFête de quartier devant le foyer Lapujade en 1997

Quant à la bâtisse de la Tour Blanche, conservée toutes les années durant, elle disparaîtra du champ visuel en 1970, pour faire place à une zone d’entrepôts.

Faire perdurer la tradition

Erigées il y a près de 80 ans, les cités Tour Blanche et Grédy connaissent aujourd’hui un programme immobilier et sont appelées à disparaître. 

Parions que les membres du Comité Testaud** sauront transmettre aux nouvelles familles leurs valeurs de solidarité et de convivialité. Ils peuvent pour cela s’appuyer sur une "nouvelle" place de la Demi-Lune invitant au partage et au rassemblement, et à écrire de nouvelles histoires de quartier…

place de la demi-lune en 2023

*Estey : de l'occitan gascon estèir. Partie d'un cours d'eau alimentant un chenal et qui, soumis au régime des marées, se trouve à sec à marée basse.

**le 28 janvier 2023, ont été élus : Nathalie Egron – présidente, Maurice Nicolazzi - vice-président, Marie-lise Papeteau – trésorière, Gilbert Perrez – secrétaire Page facebook du comité Testaud

 

Sources :
Flash 313 – juin 2007 – « La rue Jules Guesde et le Captaou » texte de Pierre Duret 
« A la découverte de Cenon » de Gilbert Perrez – Association des amis du patrimoine cenonnais
Sud Ouest du 27/02/2013 « Un vrai pan d'histoire du bas Cenon » par Chantal Sancho 
Tempo 43 – mai juillet 2019 « Quartiers Testaud - Pont Rouge : une histoire urbaine & humaine »

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