En 1969, Palmer était encore en construction…

Monique : Je suis née à Baurech,  qui est un petit village à côté de Langoiran. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de mes 10 ans.  Mes parents l’ont quitté en 1966 pour s’installer à Bordeaux, dans une résidence à Caudéran (…). Nous s’y sommes restés  que 3 ans. Peintre en bâtiment, mon papa travaillait sur les bateaux des chantiers navals de la Garonne. Nous sommes arrivés à Cenon en 1969. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Ce que je sais c’est qu’on avait un frère handicapé dont l’adaptation dans  l’appartement à Caudéran était difficile.
Denis : Moi je suis né au Maroc, à Casablanca. Mes parents sont arrivés en France en 1961. Mon père travaillait pour la Défense Nationale. Il était ouvrier dans un atelier industriel de l'aéronautique à Floirac. Enfin vers 61, au moment des indépendances des pays du Maghreb, nous avons été mutés. Ayant le choix entre Clermont-Ferrand où Bordeaux, il a vite choisi Bordeaux.

Palmer n’est plus le quartier de notre jeunesse

Monique : Le quartier Palmer était encore en construction lorsqu’on est venu à Cenon. Sur l’emplacement actuel d’Émeraude, il y avait un petit château. On traversait les champs pour se rendre au collège. Et en période des cerises on en ramassait. J’étais en sixième au collège Jean Zay.
En 1969, la mairie se situait au château Tranchère, qui abrite actuellement l'école de musique. Le  commissariat de police se trouvait lui en dessous de notre appartement, à l’emplacement de l’ancienne mairie annexe de Palmer ; la maison des jeunes au château Palmer. Nous y allions les jeudis, à la sortie du  collège. Les forains s’installaient, au moins, deux fois par an dans le Parc, avec quelques manèges, des auto-tamponneuses... Sur la place des boulistes des bals étaient organisés 2 à 3 fois par an. Les samedis ou dimanches après-midi.  

parc Palmer, année 70. Les jeunes sur les aires de jeux


Denis : A cette époque-là, il y avait déjà une rivalité entre jeunes de Lormont, Cenon et de la Benauge. On assistait même à de petites bastons à la fin de ces bals. Il y a 30 ou 40 ans on avait un grand bar qui s’appelait le bar-club. En sortant du lycée La Morlette, avec les copains, on y allait pour jouer au baby foot, au Juke-box… Palmer n’est plus le quartier de notre jeunesse. Le quartier s’est métamorphosé…
Monique : on avait aussi un centre commercial, un petit CODEC, une coiffeuse, un fleuriste, un réparateur de téléviseurs, une boulangerie et un magasin de vêtements. Aujourd’hui, il ne reste plus que le bureau de tabac, la coiffeuse et la pharmacie. On ne reconnaît plus le quartier.
Denis : Quand on s’est connus, nous étions des animateurs au centre aéré Triboulet. En 1977 nous avions aménagé dans un  appartement situé dans la rue Sainte Catherine, qui n’était pas encore piétonne. A cette époque-là il était relativement facile d'obtenir un logement pas trop cher dans le centre de Bordeaux. Quand on a eu notre première fille il fallait trouver un appartement plus grand, avec des commodités. Cenon nous intéressait avec ses parcs, sa verdure. En plus, la famille de Monique y résidait déjà.     

Un appartement, un arbre fleurissant, un beau sapin

Monique : De 1981 à 1987 on habitait au deuxième étage d’un immeuble situé au 4 rue Colette. C’était agréable. Côté cour, on avait un arbre qui fleurissait au Printemps. Un beau sapin. Une petite école maternelle qui s’appelait Colette où était inscrite notre fille. Le bus n°4 passait dans la rue. L’école a été fermée parce qu’il y en avait beaucoup à Palmer. Elle a ensuite servi de local pour les jeunes. Malheureusement, il y a avait pas mal d’histoires à cause des bandes de jeunes qui venaient d’ailleurs. Elle a été ensuite démolie pour laisser place à de nouveaux logements. On attendait notre deuxième enfant et Il nous fallait donc un logement plus adapté à la taille de notre famille.  C’est donc en 1987 que nous avions emménagé dans cet appartement situé rue Camille Pelletan.

monique sur son balcon
Denis : Si on est attaché à cet appartement c’est parce que nous y avons élevé nos trois filles. Il était agréable et bien situé. Le seul bémol c'est le bruit qui est par moment intenable. Même si on reconnaît que c’est une voie passante. Surtout durant l’été avec les motos Cross et lors du passage du tram et des voitures. On ne peut pas toujours laisser nos fenêtres ouvertes. Quand on était en activité on ne s’en rendait pas trop compte parce souvent absents de l’appartement. Maintenant que nous sommes retraités c’est difficile. Donc ça fait 34 ans que nous sommes là. Avec le projet ANRU nous sommes contraints de déménager car les appartements des entrées 31, 33 et 35 vont être démolis pour laisser place à des allées de Château.
Monique : C’est la « petite » mort.

Nous pensions finir tranquillement ici…

Denis : Au début, quand j’ai entendu parler du projet je n’y croyais pas, pensant que c’était une rumeur. Surtout qu’à l'époque, le bailleur avait installé une nouvelle famille dans l’appartement du dessus que le voisin venait juste de libérer. C’est seulement lors de la réunion générale avec le Maire, Domofrance et l’ensemble des locataires concernés que je me suis rendu à l’évidence. Ils ont essayé de nous rassurer par le fait qu'on allait être relogés en priorité, selon nos cas, nos choix… Certes, on est prêts à partir mais là c’est une contrainte qui joue sur notre psychologie. Et depuis cette rencontre je ne suis pas bien. On sent qu'on est en sursis.  
Arriver à certains âges, déménager devient un gros problème même si on nous dit : « ne vous inquiétez pas… on va vous déménager… » Alors que nous pensions finir tranquillement ici. Ca nous perturbe fortement car nous devons débarrasser un appartement qui fait 100 m² pour prendre un autre de 60 m². Trier dans nos affaires et se séparer de certaines choses est angoissant.  C'est comme une partie de nous-mêmes qui s'en va quoi.

L’appellation « Les allées » du château, c’est trop Versailles

Plan allées du château

Monique : Il y aura deux allées qui iront jusqu’aux châteaux Palmer et Tranchère. Quand on sait que dans la rue Edmond Rostand, que j’ai bien connue quand j’étais gamine, il y a une école, des résidences et bien sûr un parking. Alors expliquez-moi où est-ce que les locataires vont garer leur voiture ?
Denis : Les images de synthèse des prévisions du projet ont l'air chouettes et bucoliques. Mais nos vies vont être bousculées.
On a décidé de faire un projet  « agréable » pour de futurs habitants
Monique : Au départ, on nous a dit que l’on pouvait avoir qu’un F2. Entre temps avec la crise sanitaire une de nos filles est revenue à la maison.
Denis : On voudrait trouver quelque chose sur la rive gauche. Je ne veux pas rester à Palmer même si on m’y propose quelque chose.  Je suis vexé.  J’ai toujours payé mon loyer. Et puis un jour on vous dit : « vous partez d'ici parce qu’on a décidé de faire un projet d'aménagement du quartier.

monique et sa fille

 

 

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